Nouveau venu sur la scène musicale rap, le Collectif 216 veut parler de la Tunisie, loin des clichés. Les premiers morceaux sortis sur les réseaux sociaux sont prometteurs.
Ils ont choisi un numéro comme bannière, presque un code. « Collectif 216 », en référence à l’indicatif téléphonique de la Tunisie, veut s’imposer peu à peu comme l’un des projets les plus singuliers de la scène rap francophone. Derrière ce nom, une poignée de jeunes artistes français, qui veulent se lancer sur la scène musicale, tous liés par une histoire familiale, affective ou culturelle avec la Tunisie. Leur premier album, attendu fin mars prochain et intitulé « Retour au bled », promet de mêler mémoire, engagement et second degré, sur fond de beats trap, de sonorités maghrébines et de refrains entêtants.
Collectif 216 : créer un pont transméditerranéen entre Paris et Tunis
Le projet est né à Paris, sous l’impulsion du tout nouveau label indépendant « La Dalle », qui milite pour un ancrage urbain et affirme son goût prononcé pour des identités hybrides. L’idée : créer un pont transméditerranéen entre Paris et Tunis, faire dialoguer les récits de diaspora avec ceux du pays d’origine. C’est le cas avec le Collectif 216 et la Tunisie. « On ne voulait pas faire un album folklorique, ni un manifeste politique pur et dur. On voulait raconter nos vies, qui sont à cheval sur deux rives », explique Mehdi, l’un des membres fondateurs.
Le ton est donné avec « Mloukhiya », déjà partagé sur les réseaux sociaux du collectif. Le titre, hommage au mythique — et singulier — plat tunisien à base de corète, dépasse la simple référence culinaire. Entre punchlines savoureuses et images familiales, le morceau devient métaphore de la transmission. « La mloukhiya, ça mijote des heures. Nous, c’est pareil : on a pris le temps de cuire notre son », sourit Inès, seule voix féminine du collectif, qui finalise de son côté un morceau consacré au patriarcat.
Changement d’ambiance avec « Bateau pneumatique dans la tête », morceau plus grave consacré à l’exode de jeunes Tunisiens tentés par la traversée clandestine de la Méditerranée. Le texte oscille entre empathie et colère contenue. « On a grandi en entendant ces histoires. On ne pouvait pas faire un album sans parler de ceux qui partent, ou qui disparaissent en mer », confie Yassine. Le titre est porté par une production minimaliste et un refrain mélancolique.
Collectif 216 : « On peut dénoncer et célébrer en même temps »
L’album à venir ne s’enferme pourtant pas dans un registre sombre. Le Collectif 216 revendique une palette large : le machisme et ses contradictions, le fantasme du retour au bled — d’où le titre de l’album —, l’écologie face aux dérives urbaines, mais aussi la beauté des paysages tunisiens, de la médina de Tunis aux plages du Sahel. « On peut dénoncer et célébrer en même temps. La Tunisie, ce n’est pas qu’un décor de carte postale ni qu’un pays en crise. C’est complexe, comme nous », résume Mehdi.
Musicalement, le groupe navigue entre drill parisienne, samples de derbouka et clins d’œil au mezoued. Pour la suite, les membres du groupe promettent une énergie collective, presque chorale. Leur ambition dépasse la simple sortie d’album : créer un espace commun où les jeunesses des deux rives se reconnaissent. En mettant les egos de côté. D’où le peu de communication sur les différents membres du groupe. « On met en avant le collectif, pas les individualités. Collectif 216, c’est un peu comme une maison de quartier où chacun vient poser le son qu’il a en tête », conclut Mehdi.
Reste la question de la double culture. Pose-t-elle des problèmes d’identité ? « On ne fait pas du rap ‘entre deux cultures’. On fait du rap tout court, avec nos racines. Le 216, c’est dans le cœur, pas dans le passeport », lâche Inès. Fin mars, le public jugera si ce pont musical tient toutes ses promesses.






























