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Qui était Desmond Tutu, père de la « nation arc-en-ciel » d’Afrique du Sud ?

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Qui était Desmond Tutu, père de la « nation arc-en-ciel » d’Afrique du Sud ?
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Mort le 26 décembre 2021, l’archevêque Desmond Tutu n’a pas cessé de lutter pour les droits humains après la fin de l’apartheid en 1994, continuant à se battre pour les opprimés toute sa vie.

L’archevêque Desmond Mpilo Tutu est mort à l’âge de 90 ans.

L’homme, affectueusement surnommé « the Arch » (en référence à sa charge de prélat) par ses compatriotes, a gagné le respect et l’amour de millions de Sud-Africains et du monde entier, se taillant une place permanente dans les cœurs et les esprits.

Lorsque les Sud-Africains sont descendus dans la rue, le 7 avril 2017, pour protester contre la destitution du respecté ministre des Finances, Pravin Gordhan, par le président Jacob Zuma, l’archevêque Tutu s’est joint aux protestations, quittant sa maison de retraite pour l’occasion. Âgé de 86 ans à l’époque, sa santé était fragile. Mais il avait la contestation dans le sang. Selon lui, aucun gouvernement n’est légitime s’il ne représente pas bien l’ensemble de sa population. Il le rappela avec justesse le jour même :

Nous allons prier pour la chute d’un gouvernement qui nous représente mal.

Ces mots faisaient écho à ses engagements à propos de l’intégrité éthique et morale ainsi que de la dignité humaine. C’est sur la base de ces principes qu’il a lutté vaillamment contre le système d’apartheid et qu’il est devenu, comme l’affirme à juste titre la Fondation Desmond Tutu, « un ardent défenseur des droits de l’homme et un militant des opprimés ».

Mais l’archevêque Tutu n’a pas cessé de lutter pour les droits de l’homme après la fin officielle de l’apartheid en 1994.

De même, son combat pour les droits humains ne s’est pas restreint à l’Afrique du Sud. Il a non seulement continué à critiquer les politiciens qui abusaient de leur pouvoir mais a aussi apporté son soutien à diverses causes dans différentes régions du monde, soutenant ainsi avec force le Dalaï Lama face à la répression chinoise ou le peuple palestinien. Il s’est aussi beaucoup engagé dans la lutte contre le sida, la pauvreté, le racisme, l’homophobie et la transphobie.

Il était également devenu un soutien important du Dalaï-Lama, qu’il considère comme son meilleur ami, et avait vertement critiqué le gouvernement sud-africain qui avait refusé un visa au chef spirituel tibétain en exil qui devait venir prononcer la « Desmond Tutu International Peace Lecture » en 2011.

Débuts

Desmond Tutu est issu d’un milieu modeste. Il est né le 7 octobre 1931 à Klerksdorp, dans la province du nord-ouest de l’Afrique du Sud, où son père, Zachariah, était directeur d’une école secondaire. Sa mère, Aletha Matlare, était employée de maison.

L’une des personnalités les plus influentes de ses premières années est le père Trevor Huddleston, un militant anti apartheid acharné. C’est leur amitié qui amène le jeune Tutu à être introduit dans l’Église anglicane.

Après avoir terminé ses études, il enseigne brièvement l’anglais et l’histoire au lycée Madibane de Soweto, puis au lycée Krugersdorp, à l’ouest de Johannesburg, où son père était directeur. C’est là qu’il rencontre sa future épouse, Nomalizo Leah Shenxane.

Bien qu’anglican, il accepte de se marier selon la cérémonie catholique romaine. Cet acte œcuménique, à un stade très précoce de sa vie, nous donne un aperçu de son engagement dans les années suivantes.

Desmond Tutu quitte l’enseignement à la suite de l’introduction de la loi sur l’éducation bantoue, en 1953. Cette nouvelle loi stipule que l’éducation de la population africaine autochtone doit se limiter à faire de celle-ci un réservoir de main-d’œuvre non qualifiée.

Deux ans après ces changements, il entre au service de l’église en tant que sous-diacre, puis s’inscrit à une formation théologique en 1958. Il est ordonné diacre de la cathédrale Saint Mary’s de Johannesburg en 1960, et en devient le premier doyen noir en 1975.

En 1962, il se rend à Londres pour poursuivre sa formation théologique grâce à un financement du Conseil œcuménique des Églises. Il y obtient une maîtrise en théologie et, après avoir servi dans diverses paroisses à Londres, il retourne en Afrique du Sud en 1966 pour enseigner au Séminaire théologique fédéral d’Alice, dans la province du Cap-Oriental.

S’intéressant par ailleurs particulièrement à l’étude de l’islam, il souhaite s’y concentrer dans le cadre de ses études doctorales mais sa vie prend un tour qui l’en empêche.

Ses activités du début des années 1970, durant lesquelles il fait le tour de l’Afrique, enseignant au Botswana, au Lesotho et au Swaziland avant de visiter de nombreux pays du continent en tant que directeur associé pour l’Afrique au Theological Education Fund, l’amènent à découvrir la théologie noire (un courant de pensée théologique qui articule le christianisme et les questions de droits civils) et jettent les bases de son engagement politique contre l’apartheid. Il revient finalement à Johannesburg en tant que doyen de la ville et recteur de la paroisse anglicane St Mary en 1976.

Activisme politique

C’est à cette période que Tutu entre en conflit pour la première fois avec le premier ministre de l’apartheid de l’époque, John Vorster, en lui écrivant une lettre en 1976, pour dénoncer l’état déplorable dans lequel les Noirs devaient vivre.

Le 16 juin de la même année, Soweto s’enflamme. Des lycéens noirs protestent contre l’utilisation forcée de l’afrikaans comme langue d’enseignement et sont massacrés par la police de l’apartheid.

L’évêque Tutu se retrouve de plus en plus impliqué dans la lutte et prononce l’un de ses discours les plus passionnés et enflammés après la mort en détention du leader militant noir, Steve Biko, en 1977.

En tant que secrétaire général du Conseil sud-africain des églises, puis en tant que recteur de l’église Saint-Augustin à Soweto, il devient un ardent critique des aspects les plus scandaleux de l’apartheid, notamment des expulsions forcées des Noirs des zones urbaines considérées comme des zones blanches.

Une cible

Du fait de son activisme politique croissant, « the Arch » devient la cible de la répression à grande échelle du gouvernement de l’apartheid et fait l’objet de menaces de mort et d’alertes à la bombe dans les années 1980. Son passeport lui est retiré en mars 1980 bien qu’un « document de voyage limité » lui soit octroyé deux ans plus tard suite à de nombreuses protestations et pressions internationales, lui permettant de voyager à l’étranger.

Reconnu dans le monde entier, son engagement lui vaut le prix Nobel de la paix 1984 et il devient l’évêque de Johannesburg en 1984, puis l’archevêque du Cap en 1986.

Au cours des quatre années qui ont précédé la libération de Nelson Mandela après 27 ans de prison, « the Arch » a fort à faire. Il fait campagne sans relâche pour que la pression internationale s’exerce sur l’apartheid et que le régime subisse des sanctions.

Prolongation de son engagement sous la démocratie

Après 1994, il dirige la Commission de la vérité et de la réconciliation, dont l’objectif principal est de donner à ceux – pour ou contre l’apartheid – qui ont commis des violations des droits humains l’occasion d’avouer leur culpabilité, d’offrir une amnistie légale à ceux qui la mérite et de permettre aux coupables de faire amende honorable auprès de leurs victimes.

Deux des plus grands moments de sa vie personnelle ont porté la vision théologique de Desmond Tutu au-delà des limites de l’Église. L’un d’eux est survenu lorsque sa fille Mpho a déclaré qu’elle était homosexuelle et que l’Église a refusé son mariage. « The Arch » a alors proclamé son désaccord :

Si, comme ils le disent, Dieu était homophobe, je ne le vénérerais pas.

Le second fut lorsqu’il déclara sa préférence pour la mort assistée.

L’Afrique du Sud est bénie d’avoir eu un homme aussi brave et courageux que « the Arch » qui a autant incarné l’idée que le pays est une « nation arc-en-ciel ». L’Afrique du Sud ressentira la perte de sa boussole morale pour les générations à venir. Hamba kahle (portez-vous bien) Arch.


P. Pratap Kumar, Emeritus Professor, School of Religion, Philosophy and Classics, University of KwaZulu-Natal

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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